De Thou, Histoire Universelle, Vie de Chastel

Titre: Histoire universelle de Jacques-Auguste de Thou, depuis 1543 jusqu’en 1607. Tome XII. London: Nicolas Rigault, 1734.

Auteur: Jacques-Auguste de Thou

Pages: 330-332

collegedeclermont

Image Dessus: Le Collège de Clermont, où Jean Châtel a étudié depuis quelque temps

Source: CD, “Le collège de Clermont,” Vie urbaine, une comparaison européenne (blog), March 14, 2011, http://blog-ronsard.scola.ac-paris.fr/comenius/?post/2011/03/14/Le-collège-de-Clermont.

English version

Introduction 

Cet extrait vient de l’oeuvre Histoire universelle de Jacques-Auguste de Thou. Il était historien, et il est surtout connu pour ses écrits au sujet de la Renaissance en France.1 Son livre est aussi important parce qu’il a vécu pendant cette époque, donc on peut acquérir une compréhension plus réelle, plus crédible.2 Notre extrait en particulier vient du deuxième tome d’Histoire universelle, et cette édition a été publiée en 1734 (117 ans après la mort de monsieur de Thou).3 Nous espérons que les éditeurs n’ont pas changé le style ou les mots de monsieur de Thou–nous leur donnons notre confiance. Alors, cet extrait nous donne une petite histoire à propos de la famille de Châtel avant qu’on ne discute les événements de la nuit où il a essayé de tuer le roi Henri IV. Puis, on voit les résultats de ses actions et comment ses résultats ont influencé tous ce qui étaient autour de Jean Chastel pendant sa vie.

Transcription du texte 

Sur ces entrefaites, le Roi revenant de S. Germain le 27 de Septembre,  il arriva un accident qui pensa être funeste à l’Etat, & qui causa du moins beaucoup d’agitation dans les esprits. Un riche marchand drapier nommé Pierre Châtel avait un fils âgé de dix-neuf ans, qui avoit étudié aux Jesuites, & qui y avoit fait depuis peu un exercise public. Ce jeune homme étoit engagé dans des vices monstrueux ; cependant il étoit bien venu chez ces Peres, qui avoient souvent des conférences secrettes avec lui, & qui l’admettoient avec un petit nombre d’autres, à ce qu’ils appelent les exercises spirituels. Châtel effrayé des remords de sa consience, se persuada qu’il n’y avoit point de salut à esperer pour lui; & plein de cette imagination insensée, pour diminuer le grandeur des supplices éternels qu’il croyait mériter, il résolut d’assassiner le roi, sur ce qu’il avoit souvent oüi dire aux Jesuites, non-seulement qu’il pouvoit le faire sans crime, mais que ce seroit même rendre un grand service à la religion. Dans cette idée il sort de Paris, & va au-devant du Roi, qui approchoit avec une grande suite; mais dans cet intervalle il changea de dessein, & en forma un autre qui fait horreur, & qui ne pouvoit tomber dans l’esprit que d’un furieux comme lui. Ennuyé de vivre, & résolu de mourir, mais ne voulant cependant pas se tuer de ses propres mains, il aperçut plusieurs chevaux, dont les maîtres étoient desendus pour saluer le Roi; & il imagina s’il en trouvoit quelqu’un à l’écart, de commettre le crime de bestialité, afin qu’étant pris sur le fait, on le fit mourir sur le champ.

N’ayant pu exécuter cet abominable projet, il revient à Paris; & s’étant mêlé dans la foule des courtisans, il suit le Roi jusques dans sa chambre, résoulu de lui donner un coup de couteau dans la gorge. Mais au moment qu’il levoit le bras, ce Prince s’étant baissé pour embrasser François de la Grange sieur de Montigny, qui s’approchoit de lui, reçut le coup dans la machoire inferieure, & eut une dent cassée ; ce qui empêcha le couteau de pénétrer plus avant. Le Roi étonné du coup, & voyant son sang couler, sans sçavoir qui l’avoir frappé, s’écria, qu’il étoit blessé; sure quoi le compte de Soissons, qui étoit auprès  de lui, ayant apperçu un homme qu’il ne connoissoit point, le saisit, & dit tout haut : “Voila l’assassin, si ce n’est pas lui, c’est moi.” Ensuite la foule qui étoit accouruë au premier bruit, s’étant écartée, on vit briller aux flambeaux le couteau que Châtel avoit jetté par terre. Cependant cet assassin nioit, qu’il eût fait le coup, & on se disposoit à le mettre en piéces, lorsque le Roi ordonna au grand Prevôt de l’Hôtel de la faire conduire en prison. Là on l’interogea, & il avoüa tout, assurant au reste qu’il avoit apporté le couteau de chez lui, & qu’il n’étudié deux ans en Philosophie sous le Jesuite Gueret ; & que le samedi précédent se sentant embrassé de quelque scrupules de conscience, son père l’avoit mené à ce Pere, afin qu’il le consolât, parce que la vuë des pechez énormes, qu’il avoit commis, l’avoit tellement troublé, qu’il désesperoit de la misericorde de Dieu.

Cependant on arrêta le pere & la mere de Châtel; & ceux qu’on avoit chargé de cette commission, fouillant dans les endroits les plus secrets de la maison, trouverent un memoire de la main du meurtrier, sur lequel il avoit écrit tous ses pechez suivant l’ordre des precepts du décalogue. Châtel ne nia point qu’il fût de lui; & il dit qu’il l’avoit fait pour soulager sa memoire, lorsqu’il iroit à confesse. Il y a marquoit: Qu’il étoit tombé dans des impuretés abominables; & qu’il avoit conçu le dessein de commettre un incest avec sa soeur: Qu’il avoit souvent entendu dire au College où il étudioit, qu’il étoit permis de tuer le Roi, parce que c’étoit un tyran, & qu’il n’étoit point approuvé par le Pape: Que c’étoit là le sentiment general de la Societé, & que c’est ce qui l’avoit porté à entreprendre l’action qu’il avoit commise, afin de diminuer la peine de sa damnation éternelle, espérant que s’il étoit condamne à huit degrez de tourmens, il les ferait reduire à quatre par une entreprise aussi glorieuse & aussi meritoire, que celle qu’il meditoit. Interrogé ensuite qui l’avoit poussé à un coup si detestable, il ne nomma aucun de ceux qui l’y avoient engage; mais par une impieté horrible, il dit, qu’il en avoit fait confidence à son pere, qui avoit taché de l’en détourner, en lui representant que c’étoit le Demon qui lui inspiroit cette pensée. Par là il rendit son pere coupable: sur le champ on l’arrêta avec Denise Hazard sa femme, Catherine et Magdeleine ses filles, & quelques autres personnes avec lesquelles le meurtrier avoit dîné ce jour là même.

Analyse

Ce texte nous donne une petite histoire à propos de la famille de Châtel. On remarque que Châtel était enseigné par les Jésuites et que, apparemment, les Jésuites savaient que Châtel était perturbé spirituellement, émotionnellement, et mentalement. Mais après tout ce qu’ils ont fait pour Châtel, il a encore commis son crime—en fait, si on regarde l’extrait, c’est Châtel lui-même qui a écrit que la société de Jésus n’a pas considéré Henri IV comme “Roi” parce qu’il n’était pas catholique. Dans une certain façon, Châtel a utilisé les pensées des Jésuites comme justification de son crime. De plus, il a condamné son père et, par conséquent, sa mère et ses filles parce que son père représentait le diable qui avait inspiré Châtel à faire ses actions. Au total, ce texte nous montre que Châtel n’était pas un homme normal—il avait beaucoup de problèmes psychologiquement qui semblent causer tout ce qui s’est passé. 

English version

Introduction

This excerpt comes from the work Histoire universelle by Jacques-Auguste de Thou. He was a historian, and he is widely known for his studies on the Renaissance in France.1 His book is also important because he lived during that time, so therefore we can acquire a more real and more credible comprehension.2 Our excerpt in particular, comes from the second tome of Histoire universelle, and this edition was published in 1734 (117 years after the death of Monsieur de Thou).3 We hope that the editors did not change the style or the words of Monsieur de Thou – we give them our confidence. So, this excerpt gives us a little history about Chastel’s family before discussing the events of the night he tried to kill King Henry IV. Then we see the results of the actions and comments the results affected everything that happened in his life.

Translation

In the meantime, the King returning from S. Germain on September 27th, an event occurred that could have been damaging to the state, and which caused at least a lot of turmoil for minds. A rich draper merchant named Pierre Châtel, living close to Palais, had a son named Jean Châtel, 19 years old, who had studied among the Jesuits, and who had just recently done public practices. This young man was engaged in monstrous wickedness; however he was welcomed in the house of those Fathers, who often had secret meetings with him, and who admitted him, with a small number of others, to what they called “spiritual exercises.” Châtel, frightened by this remorse of the conscience, persuaded himself that he could hope for no salvation; and full of this crazy imagination, and in order to diminish the magnitude of eternal torment that he thought he deserved, he resolved to assassinate the King, which he had often heard the Jesuits say that not only that he could do it without being accused of a crime, but that this would even be considered a great service to the [Catholic] religion. With this idea in mind he left Paris, and went in front of the King, who was approaching with a grand entourage; but at that moment, he changed his mind, and formed another plan that would cause horror, and could only be conceived of by a madman like him. Tired at living and resolved to die, but not wanting to kill himself with his own hands, he noticed many horses, whose masters had gotten off to salute the King, and he imagined if he found one (of the horses) out of the way, to commit the crime of bestiality, so that being caught in the act, one would kill him on the spot.

Not having been able to execute that abominable project, he returned to Paris; & having mingled in the crowd of courtiers, he followed the king into his room, resolved give him a knife in the throat. But at the moment he lifted his arm, the Prince lowered to embrace François de la Grange, Sire of Montigny, who approached him, received a blow in the lower jaw, and had a broken tooth ; which prevented the knife from penetrating further. The King, surprised by the blow and seeing his flowing blood, without knowing what had hit him, cried out that he was wounded ; that the Count of Soissons, who was near him, had realized it was a man he did not recognize, seized him and said aloud, “Here is the assassin! If it is not him, it’s me.” Then the crowd which had rushed in at the first noise, moved aside, shining in the torchlight was the knife that Chastel has thrown now lying on the ground. This assassin, however, denied having done it, and they were preparing to tear him to pieces, when the King ordered to the provost to have him taken to prison. There he was questioned and he confessed to everything, assuring moreover that he had brought the knife from his house and that he had studied philosophy the last two years under Jesuit Father Gueret and that the Saturday before, feeling embraced by qualms of conscience, his father had led him to this Father, so that he might console him, because the view of the sins that he had committed, that so troubled him, that he despaired of the mercy of God.

Nevertheless, they detained the father & the mother of Châtel; & those who were charged with this task, while searching in the most secret places of the house, found a memoire [written] in the hand of the murderer, upon which he had written all his sins following the precepts of the ten commandments. Châtel did not deny any of the memoire; & he said that he made it to ease his memory while he went to confess. It is written there: That he had fallen into abominable impurities; & that he had conceived the design to commit [an act of] incest with his sister: that he had often heard spoken at the College where he studied, that he was permitted to kill the King, because he was a tyrant, & that he was not approved by the Pope: that this was the general feeling of the Society [of Jesus], & that it was this [justification] moved him to begin the action that he had committed, so that it would diminish the pain of his eternal damnation, while hoping that if he was condemned to eight degrees of torment, he would make [the degrees] be reduced to four by an enterprise also glorious and also meritorious, than the one he contemplated. Then [Châtel was] interrogated [about] whom had driven him to an attack so detestable, he did not name any of those who had joined him; but by a horrible impiety, he said that he had confided to his father, who had tried to talk him out of the plan, by telling him that it was the Demon who inspired [in] him this thought. By this he rendered his father guilty: immediately they detained him with Denise Hazard his wife, Catherine and Magdeleine his daughters, and some other people with whom the murderer had dined that same day.

Analysis

This text gives us a little history about Châtel’s family. We see that Châtel was taught by the Jesuits, and that apparently the Jesuits knew that Châtel was perturbed spiritually, emotionally and mentally. But after all that they did for Châtel, he still committed the crime – in fact, if you look at the excerpt, it’s Châtel himself who write that the society of Jesuits did not consider Henry IV the “King” because he wasn’t catholic. In a way, Châtel used the Jesuit way of thinking as justification of his crime. Furthermore, he condemned his father and by default his mother and siblings because his father represents the devil who inspired Châtel to act the way he did. In full, the text shows us that Châtel was not a normal guy – he had a lot of psychological problems that seems to have caused his actions towards the king.

Bibliographie des Sources

  1. Samuel Kinser, The Works of Jacques-Auguste de Thou, The Hague, Netherlands: Martinus Nijhoff, 1966, 2.
  2. Samuel Kinser, 2.
  3. Samuel Kinser, 1.
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